samedi 28 décembre 2013

Pisicnes

Un peu de fraîcheur.

Nous avons principalement fréquenté deux piscines, l'Aquarium et les Tourelles. Dans les deux dernières années, j'ai aussi connu celle de l''hôtel Ivoire .
Il n'est pas impossible que nous ayons fait trempette dans celle du Palm Beach, mais pas assez souvent pour que j'en garde le souvenir.

Le grand Abidjan. L'Aquarium est à l'emplacement du point rouge, en haut.
Les Tourelles sont en dehors du plan, un peu à l'est de la flèche rouge.


Novembre 1959 -- Martine et Jean-Michel -- Sortie de piscine. Je pense qu'il s'agit de l'Aquarium.

L'Aquarium

La piscine de l'Aquarium était au Plateau, un peu au nord de la future cathédrale Saint-Paul, sur le terrain de l'actuel Café de Rome, qui l'a remplacée.
On passait devant la caserne des pompiers, puis on prenait une grande descente qui venait buter contre le boulevard lagunaire et la piscine. ==>


C'était une piscine d'eau douce, située en bordure de lagune, en face de Cocody.

La route qui part sur la gauche est celle par laquelle nous
arrivions et d'où est prise la photo précédente.



Je n'ai pas le souvenir que nous allions plus souvent à l'Aquarium qu'aux Tourelles. Pourtant la première était nettement plus proche, de Cocody comme du Plateau. 

L'Aquarium m'évoque des souvenirs de séances de gymnastique données par un maître-nageur afin de corriger mes pieds valgus. Je revois encore ma mère me présenter à ce monsieur dans une des salles à l'étage, qui ressemblait à un petit gymnase avec des espaliers et d'autres appareils. Il m'avait fait tremper les pieds dans l'eau et marcher sur le lino afin d'observer la forme des traces humides que je laissais. 

Tout ceci, naturellement, ne m'empêchait pas de barboter dans le "petit bain". 

Le "grand bain". Derrière, la lagune Ebrié. En face, Cocody.

Il nous arrivait parfois d'y descendre en compagnie de nos amis, Patrice Cadorel, Michèle Rameau et sa sœur qui, si ma mémoire ne me trahit pas, habitaient quelque part sur le chemin menant à la piscine.

Je ne voudrais pas noircir inutilement cet article mais, quand je repense à nos trajets en voiture vers la piscine, je revois le moment précis où, passant devant la caserne des pompiers avant de plonger vers la lagune, j'ai pris, pour la première fois, conscience que je mourrais un jour. C'était probablement quelques temps après avoir après le décès de ma grand-mère maternelle.
Chez moi, les souvenirs sont souvent liés aux moments où j'ai appris un mot ou un concept  nouveau. 

Les Tourelles


Celle-ci était une piscine d'eau de mer située en bordure de la plage de Port-Bouet. D'ailleurs, je me souviens que nous, les enfants, l'avions dénommée "piscine de Port-Bouet".

Les Tourelles. Vue d'ensemble, depuis l'entrée et le "petit bain".
. Au fond, derrière le plongeoir, la mer.

Les Tourelles. Au premier plan, le petit bain. A droite l'amorce du bar.

Souvenir. Nous habitions à Cocody à cette époque. Je suis attablé au bar avec ma sœur. Je sirote un Pschitt Orange, un Youki ou du sirop de menthe. En face de nous, l'orchestre de la piscine joue. A la contrebasse, celui qui deviendrait, quelques années plus tard, mon professeur de guitare, M. Demascolo.

Pour donner le ton, ambiance sonore "Tourelles" ou, plus simplement, ambiance Abidjan. ==>



La musique latino faisait fureur à Abidjan pendant mon enfance. Meringué, rumba, bolero et surtout surtout cha cha.

Entre l'orchestre et notre table, des couples de danseurs.

J'ai 5 ans.

Je remarque une jeune fille vêtue d'une robe de couleur rose. Pour moi, ce sera, pour toujours, encore aujourd'hui,  la "fille en rose". J'étais naturellement incapable de lui attribuer son âge. Avec le recul, je dirais entre 17 et 20 ans.
Je ne sais combien de temps je reste là à contempler les évolutions chorégraphiques de cette jeune fille mais je sais que je connais là ma première expérience du sentiment amoureux. Plus tard, lorsque j'ai soupiré pour des jeunes filles ou des femmes de mon âge, je l'ai reconnu à chaque fois. Le même. Ou, au moins, quelque chose de lui, un parfum commun.

Il faut bien, à un moment, rompre le charme et rentrer à la maison dans la Simca Aronde familiale.
Le chemin est long entre la piscine de Port-Bouet et le quartier de Cocody, même en voiture. Une heure de trajet, peut-être. Au milieu, la traversée de la lagune par le pont flottant ou le pont Houphouet, selon la date.
Mon père conduit, ma mère à côté de lui. Je suis assis à l'arrière avec ma sœur et, tout au long du trajet ou presque, je lui parle de "la fille en rose", comme si prononcer ce nom avait le pouvoir de la convoquer.

Son image s'est totalement effacée. Peu importe car je n'aurais pas trouvé les mots pour la décrire.


Mes derniers souvenirs de la piscine "de Port-Bouet" remontent, je pense, à notre dernier séjour à Abidjan, entre 1962 et 1964. Ce fut l'occasion, pour ma sœur et moi-même, de passer notre brevet de natation. 400 mètres, départ plongé, en ce qui me concerne, si mes souvenirs sont bons.

A cette époque, c'est dans le "grand bain", que je barbotais.

Les Tourelles, vue opposée, depuis les  plongeoirs. Au premier plan, le "grand bain".
Au fond, l'entrée.  A gauche, le bar.

Et maintenant, des images qui bougent.
C'est une vidéo mise en ligne sur YouTube par Marc Tognaccini, un ancien d'Abidjan comme moi.


Il est possible que cette vidéo ne fonctionne pas sur ma page. Dans ce cas, il faut aller la visionner sur YouTube.

Un film familial, manifestement, tourné en 1957. Ce doit être, à peu de chose près, l'époque où se sont déroulés les événements que je viens de vous raconter.

Si ça se trouve, je fais partie des quelques "petits cacabas" que l'on devine dans le petit bain à vers 2:26 et 3:46.

A 1:20, la dame se dirige vers la caméra. Le film est tourné depuis les marches du solarium, disposé en gradin, façon amphithéâtre. On voit mieux ce solarium dans une vidéo que j'ai vu mais que je n'ai pas réussi à retrouver.

Dans une des dernières scènes que je revois de mes visites aux Tourelles, je suis sur les marches du solarium avec ma sœur et nous essayons, chacun notre tour, de résoudre une sorte de casse-tête dénommé Solitaire, dans le genre de celui-ci....


...sauf que le nôtre était enfermé dans une boite circulaire en plastique et  utilisait des petits jetons en plastique également. C'était l'époque du "tout plastique".
Peut-être même sommes-nous en compagnie de notre amie Catherine Clément qui, munie de son magnétophone, diffuse les premiers succès des Beatles. 

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